Avant-première : « Gens du Lac » de Jean-Marie Straub

Lausanne - Pour ses 85 ans, le 8 janvier, le cinéaste français Jean-Marie Straub dévoile en première mondiale au Capitole son nouveau film, Gens du Lac, adapté du roman éponyme de l’auteure suisse Janine Massard.

Synopsis - Plus que d’une terre, c’est du lac que vient ce fils. Élevé par un père pêcheur, il a appris ses bruits et ses courants, peut-être aussi sa dureté en même temps que celle des adultes.
Le lac est également une frontière, mais dans l’eau son dessin se perd : dans la pêche, « métier d’hommes libres », Savoyards et Vaudois se retrouvent en confrères, et si à voix haute on ne parle que des filets et des poissons, en silence on entre parfois dans la Résistance. Pendant la guerre, on fait passer vers la Suisse des réfugiés, sans toujours comprendre ce qui se passe, ni pourquoi ils ont ce regard.
Après la guerre, le fils contribuera à une autre histoire : élu municipal, il participe à l’émergence, à Lausanne ou à Thonon, d’une gauche nouvelle.

D’après le roman Gens du Lac de l’écrivain Vaudoise Janine Massard, aux éditions Bernard Campiche (2013).

Suivi de la projection de Machorka-Muff de Jean-Marie Straub et Danièle Huillet (1963) et de Toute révolution est un coup de dés de Jean-Marie Straub et Danièle Huillet (1977)

Les 70 ans de la Cinémathèque suisse

L’événement s’inscrit également dans le cadre d’un autre anniversaire : celui de la Cinémathèque suisse qui fête ses 70 ans d‘existence. Plusieurs autres événements viendront ponctuer l’année 2018.

L’oeuvre de Jean-Marie Straub et Danièle Huillet

Un lien inévitable avec la Suisse
Très tôt les Straub visitèrent les ciné-clubs suisses et la Cinémathèque suisse où ils déposèrent une copie de leurs quarante titres et furent fidèles au Festival de Locarno. La présence de Jean-Marie Straub, au Capitole, est donc inestimable.

Une pensée, des influences toujours d’actualité
Car le travail de Jean-Marie Straub et sa femme Danièle Huillet , décédée en 2006, conserve sa force et son actualité.
Dans une économie toujours modeste, les Straub ont poursuivi sans fléchir leurs recherches esthétiques, à travers les pays, de l’Italie à l’Allemagne en passant par l’Egypte et la France, et surtout les œuvres littéraires et musicales dont ils se sont inspirés pour mieux affirmer leur engagement politique, celles de Bertold Brecht, Cesare Pavese en tête. Mouvements de caméra minimalistes, direction d’acteurs ou de non professionnels rigoureuse, mise en scène du son et de la musique inédite, rapport à la nature omniprésent, les Straub n’ont cessé d’aiguiser leur expression filmique pour dénoncer toutes les violences du XXème siècle : permanence du fascisme, immanence du capitalisme, résurgence des conflits, notamment au Moyen-Orient.

Munis d’une pensée résolue, caractérisés par un incessant questionnement, ils refusent les modes et ont toujours foi dans le regard et l’intelligence des spectateurs.

Et au critique Serge Daney d’écrire : « Chaque Straubfilm est un relevé – archéologique ; géologique ; ethnographique, militaire aussi – d’une situation historique où des hommes ont résisté [...] les Straub pourraient dire : n’existe pour sûr que ce qui résiste ».

publié le 09/01/2018

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