Ceci n’est pas un surréaliste

A l’occasion de la Nuit des idées, le Zentrum Paul Klee organise une visite spéciale de l’exposition Paul Klee et les surréalistes, le 26 janvier. Elle sera présentée par Michael Baumgartner le directeur des collections, des expositions et de la recherche du Centre Paul Klee.

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Michael Baumgartner
Michael Baumgartner, directeur des collections, des expositions et de la recherche au Centre Paul Klee

Paul Klee est-il ou non un surréaliste ?

Lorsqu’il découvre Klee en 1922, Aragon écrit qu’il a découvert « une dent de sorcier à Weimar ». Il parlait de Klee qui était alors au Bauhaus. Je crois qu’à partir de là, pas un seul des surréalistes n’a rien écrit sur Klee. Artaud a dit que Klee est un « peintre mental » ; René Crevel écrit « Merci Paul Klee », un texte éminemment surréaliste. Paul Klee entretient des correspondances avec Aragon, Marx Ernst, Paul Eluard, René Crevel.
Si son œuvre partage des fondements avec le surréalisme, Paul Klee n’est pas un surréaliste. Il y a un grand voisinage dans l’idée de sa conception artistique. Selon lui, il faut toujours aller au-delà - ou en-delà - de la réalité. Ce qui intéresse Klee, ce sont les images qui viennent de la profondeur de l’inconscient, mais aussi de la poésie des choses inattendues. En découvrant cette vision de l’art portée par Paul Klee, les surréalistes l’ont aussitôt considéré comme un proche parent.

Pourquoi ne devient-il pas « le » peintre des surréalistes ?

Aux commencements, le mouvement surréaliste était littéraire. Il n’y avait pas de peintres surréalistes. Bien sûr, il y avait de Chirico, le précurseur.
Lorsque Paul Klee expose à Paris, en 1925, les artistes du moment viennent voir son travail : Picasso, Miró et Masson. A compter de cette exposition, Paul Klee est très apprécié par les milieux surréalistes. Miró dit alors : « Klee est la rencontre la plus importante de ma vie ». Cette année 1925 est le point de départ de la peinture surréaliste.
Malgré cette aura et cette connivence, Klee ne s’est jamais inscrit dans le mouvement pour plusieurs raisons. D’une part, André Breton émet des réserves sur Klee ; il trouve à son œuvre trop peu « d’automatisme ». On sait pourtant que Breton possédait un exemplaire de la monographie sur Paul Klee par Leopold Zahn dans laquelle il est dit que Klee était un artiste « qui regardait en dedans et pas en dehors ». Cette idée a fasciné les surréalistes.
Mais surtout, Paul Klee a toujours été trop individualiste et il était trop éloigné de Paris pour intégrer le mouvement. Pour lui, il n’était pas même question d’y entrer. D’ailleurs, il n’y aurait pas trouvé sa place, car Klee est toujours ironique. Cela n’est pas une notion pleinement surréaliste.

Ce sont ces relations que vous avez voulu mettre en miroir ?

Effectivement, l’exposition présente des œuvres de Paul Klee, mises en résonance avec un grand nombre de chefs d’œuvre d’artistes surréalistes, tels que Max Ernst, Joan Miró, Hans Arp, Alberto Giacometti, André Masson, René Magritte, Pablo Picasso, Man Ray et Salvador Dalí et d’autres.
Les constellations sont multiples. Par exemple, on sait que Klee partageait avec Breton une passion pour les objets trouvés et mystérieux. Il avait aussi pratiqué une forme d’écriture automatique une quinzaine d’années avant les surréalistes, sous la forme de psychogramme… Paul Klee s’est aussi inspiré des artistes liés au mouvement. Il y a eu les perspectives de de Chirico. On sait aussi qu’il avait eu à disposition des exemplaires de revues d’art, comme Le Minotaure ou Les Cahiers d’art. C’est là qu’il a vu Le viol de Magritte. Une œuvre qui a directement inspiré l’une de ses compositions.
Nous avons réuni plus de 300 œuvres provenant des plus importants musées du monde et particulièrement du Centre Pompidou à Paris.

Quelle a été la teneur du partenariat avec le Centre Pompidou ?

C’était un rêve pour nous de faire cette exposition. Il nous fallait un partenaire très fort. Et il y avait cet intérêt pour Pompidou de faire une grande exposition monographique de Klee à Paris.
L’idée était donc simple : nous prêtions des œuvres très importantes pour leur projet et en retour, nous disposerions des leurs pour notre projet.
Il nous a fallu trois années de travail pour mettre au point nos projets réciproques. En terme financier, ce partenariat a été très avantageux de part et d’autre. Mais cet échange a été surtout crucial pour accroître la qualité de l’exposition et obtenir des œuvres majeures.
Au-delà de l’aspect pratique, ça a été une collaboration fantastique, très professionnelle et amicale, notamment avec Bernard Blistène, le directeur du Centre Pompidou et avec la commissaire Angela Lampe, une Allemande, spécialiste de l’expressionnisme allemand.
Ces liens ont permis d’envisager de nouvelles collaborations. Nous allons d’ailleurs bénéficier de nouveaux prêts de Pompidou pour notre prochaine exposition intitulée « La révolution est morte, vive la révolution » consacrée au centenaire de la révolution russe de 1917.

Adaptée d’une interview publiée sur notre site le 12 décembre 2016

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16h00 : Zentrum Paul Klee : Visite de l’exposition Paul Klee et les surréalistes

par Michael Baumgartner, historien d’art, directeur des collections, des expositions et de la recherche depuis l’origine du Centre Paul Klee de Berne, en 2005.

Modalités d’inscription : Gratuit, sur inscription jusqu’au 20 janvier 2017 par e-mail : kunstvermittlung@zpk.org ou 031 359 01 94, dans la limite des places disponibles
Langue parlée : Français
Repas : Possibilité de restauration « sur le pouce » et bar

Adresse complète : Monument im Fruchtland 3, 3000 Bern

publié le 19/01/2017

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