« Cueillir et cuisiner déjà quelques-uns des fruits de nos études »

#GoncourtSuisse - A l’occasion de la révélation du nom de Catherine Cusset, pour son roman L’Autre qu’on adorait, comme la lauréate de la « Liste Goncourt/Le choix de la Suisse », Emma Schneider, étudiante à Fribourg, s’est exprimée pour élucider les rouages du choix du jury des étudiants suisses.

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Dites-nous quels arguments vous ont amené à porter votre choix sur L’Autre qu’on adorait de Catherine Cusset ?

C’est après avoir échangé des arguments comme des sentiments que nous avons arrêté notre choix sur L’Autre qu’on adorait de Catherine Cusset. Si nous avons été séduits par ce livre, c’est d’abord grâce à la belle inventivité et la grande richesse de son vocabulaire, la parfaite maîtrise stylistique et la complexité du réseau de références que Catherine Cusset met en place pour raconter Thomas. Elle nous partage la vie de ce jeune homme brillant, admirateur puis spécialiste de Proust, et du cinéma qui, entre Paris et New York, court après la « parfaite carrière universitaire » sans y parvenir jamais.
Ses proches, persuadés de sa valeur, pensent que s’il manque toujours son but, c’est que Thomas « souffre » de procrastination chronique, c’est qu’il ne se donne pas les moyens … Ou plutôt qu’il ne se donnait pas les moyens, puisque le livre s’ouvre sur le suicide de Thomas.
Alors, l’entreprise rétrospective de la narratrice, son amie et première amante Catherine, ressemble à une quête : à la deuxième personne du singulier, elle s’empare des faits de la vie de Thomas tout en assumant ne jamais avoir accès à son intériorité, ne pas pouvoir se mettre à sa place.

Justement, l’usage de la deuxième personne du singulier aurait pu vous rebuter ou décourager le lecteur…

Si l’utilisation de la deuxième personne n’opère aucune « modification » sur la ligne de l’histoire de la littérature, elle est d’une force pragmatique immense, force qui peut être dérangeante. Tour à tour « juge et parti », le lecteur se retrouve soit aux côtés de Thomas : plongé dans son mal-être, aliéné avec lui dans sa course pour coller à une image idéale à la recherche de laquelle il perd son temps ; soit, avec la narratrice, il sonde Thomas et se demande à quel moment il aurait fallu gratter un peu le fard qu’il présentait, à quel détour de regard sa tristesse aurait-elle pu être devinée ?
En levant les yeux de ce livre, c’est peut-être avec une attention renouvelée que l’on regardera nos proches.

Quel message voulez-vous faire passer aux lecteurs et lectrices ?

Le livre, il est vrai, semble ne pas délivrer un message extrêmement positif ; le suicide de Thomas pourrait être compris comme une fatalité et n’engendrer que de la négativité encore. Cependant, la quête rétrospective de Catherine pourrait nous enjoindre à relever les yeux de ces pages pour retrouver ceux de nos proches avec une attention renouvelée. Du côté de sa forme, nous sommes fiers de proposer un livre habile, qui propose à son lecteur un double rôle de son lecteur en tout en se servant brillamment de son dispositif narratif pour proposer une illustration de l’aliénation vécue dans la dépression.
Nous espérons que notre choix pourra aiguiller des lecteurs au moment de choisir leur prochaine lecture, mais surtout qu’ils auront comme nous la possibilité d’en débattre avec passion. Et avec des passionnés !
Si nous avons eu la chance de pouvoir le faire, nous le devons d’abord à l’Académie Goncourt, à l’Ambassade de France en Suisse, à Madame l’Ambassadrice Anne Paugam et à son prédécesseur, René Roudaud. Nous tenons à les remercier de nous avoir permis de cueillir et cuisiner déjà quelques-uns des fruits de nos études !

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Retrouvez l’actualité du Prix Goncourt / Le Choix de la Suisse sur le compte Facebook de l’Ambassade de France en Suisse : @ambassadedefranceensuisse et sur le compte Twitter : @FranceenSuisse

publié le 16/11/2016

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