Entretien avec Max Lobe : "un écrivain doit être Le témoin de son époque »

Max Lobe nous a accordé un entretien dans le cadre de la Semaine de La Langue française et de la Francophonie en Suisse.
Il interviendra le 19 mars 2019 à la Schulwarte de Berne et le 04 avril 2019 à la bibliothèque cantonale de Bellinzone.

Une invitation de l’Association romande et francophone de Berne et environs, l’Alliance française de Berne, sous la loupe, l’Association des membres de l’ordre des palmes académiques, l’UNAB Université des Aînés de Berne avec le soutien de l’Ambassade de France en Suisse.

Max Lobe - PNG

Max Lobe, comment peut-on vous présenter ?

Je dirais que je suis un écrivain, un romancier… qui vit en Suisse depuis une quinzaine d’années, un romancier camerounais de nationalité suisse.
Je fais une littérature de terrain, une littérature réaliste qui aborde des questions politiques de notre temps et à la lumière de l’histoire.

Vous écrivez aussi des nouvelles ?

J’écris beaucoup de nouvelles, des dizaines et des dizaines … C’est quelque chose qui me nourrit.
C’est un des exercices littéraires que j’aime le plus !
Ça permet de dire pas mal de choses en très peu de mots.

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Max Lobe

Qu’est ce qui crée le déclic pour déclencher un projet d’écriture ?

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Loin de Douala Ed.ZOE

J’ai le déclic lorsque je suis touché aux tripes. Chez les Bantous, plus que le cœur, le ventre est quelque chose de très important.
Cela peut être une scène que je vois dans la rue, à la télévision, en lisant un article, ou lorsque j’ai l’impression qu’on ne nous dit pas tout ...Alors j’ai envie de creuser, creuser...
Je vais peut-être faire un déplacement, aller voir comment ça se passe. Aller voir avec mes pieds.

Je ne vais pas me contenter de ce que les médias auront dit. Je vais pousser la réflexion, proposer une réflexion alternative, celle qu’on aura peut-être pas (voulu) voir. C’est cela mon travail.

Ça peut aussi venir d’évènements qui touchent mes proches, ou qui touchent les communautés africaines, en particulier les Camerounais en Occident.
Je suis arrivé à la littérature car j’avais envie de raconter notre monde
A mon sens, un écrivain doit être Le « témoin de son époque »

Comment définir la francophonie ?

On peut prendre une définition étymologique : ce serait la « voix de la langue française »
Si on se limite à cette définition, la francophonie serait alors l’ensemble des locuteurs, des personnes qui ont en partage la langue française.

Il faut bien faire la différence entre la francophonie politique, portée par l’OIF, et la francophonie linguistique, qui elle, est celle des peuples. C’est cette deuxième définition qui m’intéresse. C’est cette francophonie des peuples qui me parle davantage.
Quel français parle-t-on en Suisse, au Sénégal, au RD Congo, en Belgique ? J’entends, la Francophonie n’est pas française, encore moins parisienne.
La francophonie politique un instrument de géostratégie ; vous pouvez imaginer ce que j’en pense.
En revanche, comme nous sommes en pleine semaine de la francophonie, je souhaite davantage capitaliser sur ce qui nous rassemble, soit la langue française dans toute sa diversité.

Pensez-vous à un pays francophone qui vous a marqué ?

Oui en novembre-décembre dernier j’ai été au RD Congo et au Burundi.
Dans le premier pays ce qui m’a marqué c’est l’engouement, notamment des jeunes. Certains parfois n’ont pas été à l’université, mais manient très bien la langue française.
C’était un peu « un feu d’artifice francophone » avec tous ces jeunes poètes. Moments mémorables. Je pense à Sinzo Aanza, Muda Maxa, ou encore Miss Banagala qui fait un très beau travail de promotion des auteurs sur place.

Pour ce qui est du Burundi, petit pays francophone de la région des Grands Lacs, c’est la volonté qui m’a marqué. Voir des jeunes qui vont des kilomètres, avec les moyens de communication qui sont les leurs, pour venir suivre un atelier d’écriture, c’est touchant. Émouvant.

publié le 14/03/2019

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