« Il y a une particularité du jazz français, liée à son métissage et aux migrations »

Interview - Carine Zuber est co-directrice du Moods à Zurich. Cette scène jazz reconnue à l’international vient de lancer le "Moods Digital Concert Club", une chaîne en ligne pour retransmettre ses concerts en direct et en archive.

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Vous venez de lancer votre chaîne en ligne "Moods Digital Concert Club". Quelles sont vos perspectives pour le Moods ?

Le Moods est une association de musiciens missionnée pour soutenir les musiciens en Suisse. A peu près 50 % de la programmation est constitué par des musiciens suisses.
Or nous avons observé ces dernières années que les revenus pour les musiciens en dehors des concerts deviennent de plus en plus restreints. Pourtant, l’intérêt du public est grandissant pour la scène jazz. Notre interrogation initiale a donc été : comment un concert au Moods pourrait générer d’autres recettes au-delà de la prestation sur scène ?
La chaîne en ligne "Moods Digital Concert Club" est une réponse. Tandis que les musiciens donnent un concert, on peut les suivre en streaming live ou les visionner par la suite en ligne. L’accès à notre plateforme numérique se fait par abonnement. Et 70% des entrées générées par les abonnements reviennent aux musiciens !
La chaîne en ligne a encore bien d’autres intérêts. Elle permet de partager des moments de jazz avec ceux qui n’ont pas l’occasion de venir au Moods. Nous contribuons également à donner une visibilité plus grande dans le monde aux musiciens suisses. Et puis, nous avions remarqué qu’il existe peu de captations de bonne qualité de concerts de jazz en dehors de celles produites lors de festivals. Nous avions donc notre carte à jouer.

Comment vous êtes-vous décidé à équiper le Moods d’un important matériel technologique ?

Le Moods avait prévu depuis longtemps une rénovation de ses infrastructures qui n’avaient pas été repensées depuis sa création en 2000. Nous devions aussi renouveler les équipements technique pour assurer le passage de l’analogique au digital.
Les progrès technologiques ont rendus la chose possible. Nous disposons de caméras très discrètes, pilotables sans caméraman. Avec peu de personnel, nous produisons une qualité qui se rapproche de la production TV.
Cela n’aurait toutefois pas été possible si le directeur Claudio Cappellari n’avait pas été un pionnier du streaming. La technologie de streaming permet de diffuser sans avoir à passer par une chaîne de télévision ou une radio.
Enfin, ce projet est le résultat de 3 années de travail de recherche de fonds pour financer la rénovation et le studio de captation, qui a permis de collecter des fonds publics et privés. Nous avons des petits donateurs de CHF- 50 aux plus grands financiers, comme la banque cantonale zurichoise ou des fonds publics de la ville.

Vous programmez chaque année de nombreux artistes français. D’où vous vient ce penchant ?

Lorsque l’on invite des artistes étrangers au Moods, on ne pense pas en termes de quotas. Mais il est certain que j’ai une affinité avec la scène française car je suis de langue francophone.
Et puis il y a une particularité du jazz français liée à son métissage et aux migrations. En France plus qu’ailleurs, les différentes influences culturelles d’Afrique, d’Orient, du Maghreb se mêlent au jazz.
Or le jazz est une affaire de métissage. Il se renouvelle en allant à la rencontre des autres cultures. Ça a été le cas, dès son origine, avec la culture afro-américaine. Plus tard, il y a eu l’influence latino-flamenco, puis manouche. Aujourd’hui, il y a un renouvellement par l’influence orientale, qui est très présente en France.
La France est aussi une terre d’accueil pour des musiciens du monde entier comme Ibrahim Maalouf, Bojan Z, Yaron Herman ou encore Tigran Hamasyan. Je crois même qu’il y a pour la France quelque chose de l’ordre d’une réconciliation avec son histoire grâce à ce brassage des cultures.

Quel est l’accueil de ce jazz à la française par le public suisse ?

En Suisse, toute la partie romande est très influencée par les médias français. En général, ce public connaît déjà les artistes de France. Ici, à Zurich, non. Il y a très peu d’artistes français qui passent la frontière allemande. Les Français peinent à s’exporter. Ils ne cherchent pas forcément à jouer à l’extérieur des territoires francophones, qui sont déjà tellement vastes à travers le monde.
Mais à Zurich, le public répond présent si ce qui lui est proposé est différent. Quand je programme des artistes étrangers au Moods, j’ai justement envie de faire découvrir une autre musique que ce que l’on trouve ici. Lorsque nous accueillons Emile Parisien ou Vincent Peirani, j’ai vraiment la sensation que ces artistes offrent une originalité.

Découvrez la chaîne Moods Digital Concert Club en ligne

Ne manquez pas, le 19 octobre, le concert Parisien-Peirani-Schaerer-Wollny « Out of Land »

publié le 08/11/2017

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