« Il y a une richesse incroyable des points de vue »

#GoncourtSuisse - Ivy Fernandez suit un master en histoire de l’art et psychologie et éducation à l’Université de Neuchâtel. En plus de faire du théâtre, d’être bénévole active dans des associations et auprès de la Fondation Ethique et Valeurs, elle est membre pour la deuxième année consécutive du jury neuchâtelois du Choix Goncourt de la Suisse.

Vous vous impliquez pour la deuxième année dans le jury du Choix Goncourt de la Suisse de Neuchâtel. Quelles sont les raisons d’un tel investissement ?

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Je vois d’abord une dimension purement égoïste : mon plaisir de lire. Comme tous les étudiants accaparés par de multiples activités et travaux, j’ai besoin d’un prétexte pour m’obliger à m’asseoir et juste prendre le temps de lire. C’est d’autant plus agréable que la participation au Choix Goncourt de la Suisse est en dehors du cursus universitaire. Nous n’obtenons pas de crédits. Nous sommes ainsi très libres car il n’y aura pas de conséquences académiques.
Un autre élément participe à la beauté du Choix Goncourt de la Suisse : on nous donne l’occasion, à nous, modeste étudiants, de nous confronter à une tache habituellement réservée à des grands littéraires. On peut ainsi se mettre dans la peau d’un membre du jury de l’Académie Goncourt. Le projet nous donne la possibilité et le sentiment d’avoir accès à des activités généralement réservées à des personnes d’une autre sphère. Il y a notamment tous les atouts du Prix : aller à la Résidence de France, rencontrer l’auteur lauréat, profiter de la présence de personnalités…

Vous appréciez particulièrement de pouvoir établir de tels contacts ?

JPEGOui, nous pouvons établir de véritables réseaux dans le cadre de notre participation au Choix Goncourt de la Suisse.
Il y a d’abord un réseau et une émulation qui se fait entre étudiants. Déjà, au sein de notre groupe de Neuchâtel, nous avons tous des parcours et des passés différents. Chacun a son bagage et l’apporte au sein du groupe pour discuter. On fait ainsi des associations d’idée : autour d’un livre de la liste, on en vient à évoquer 10 autres livres, on lance des références à d’autres auteurs. Il y a une richesse incroyable des points de vue !
Le Choix Goncourt de la Suisse nous fournit aussi l’opportunité d’aller à la rencontre des étudiants délégués d’autres universités de Suisse. Nous pouvons ainsi découvrir comment les autres universités fonctionnent et leurs valeurs. Au niveau humain et purement amical, nous sommes aussi restés en contact au sein des universités.
Il faut aussi souligner l’apport précieux du Choix Goncourt de la Suisse pour ce qui concerne les réseaux et les contacts professionnels. Lorsque nous sommes invités par l’Ambassade de France, aux différentes étapes du processus, nous rencontrons des auteurs, des éditeurs, des directeurs de réseaux de librairies,… Je me rappelle avoir discuté avec Isabelle Falconnier, la présidente du Salon du livre, avec Pierre Assouline, de l’Académie Goncourt, ou avec Elisa Shua Dusapin, l’auteure lauréate du Prix Robert Walser. Personne d’autre à l’université ne peut atteindre de tels contacts issus du livre et de l’édition !

Au niveau de Neuchâtel, comment fonctionnez-vous pour mener vos délibérations ?

Nous nous retrouvons à une dizaine d’étudiants de plusieurs facultés, les jeudis à midi. Une personne est responsable de la coordination des séances. Elle a proposé de travailler les ouvrages de la liste en les répartissant en trois groupes : les ouvrages sur la guerre, ceux évoquant la colonisation et l’exotisme, enfin, les autres ouvrages.
Il nous est demandé d’avoir lu au minimum les 30 premières pages des livres programmés pour la séance. Durant la séance, chacun s’exprime sur tel ou tel aspect de l’ouvrage. C’est une discussion générale. C’est toujours étonnant de découvrir qu’autour d’un même livre on peut avoir des avis totalement clivés. Certains auront adoré un ouvrage pour tel aspect et d’autres le détesteront précisément pour le même aspect.
Pour définir la première liste restreinte que nous voulions défendre à la première délibération, nous avons voté à main levée. La démocratie l’emportait. Maintenant, on en est au niveau de la liste restreinte qui a été arrêtée par le jury à l’université de Berne. Six livres ont été retenus. Nous avons relu chaque livre à fond en tentant de donner des arguments pour et contre. Bien entendu, nous devions avancer des arguments objectifs sur l’histoire, l’originalité de la narration, la syntaxe…, mais aussi émotionnels.
Parmi la dizaine d’étudiants de Neuchâtel, nous serons deux à nous rendre à Berne, le 3 novembre, pour aller défendre le livre que nous avons retenu au sein de notre jury de Neuchâtel.

Vous avez également largement pris part au lancement du réseau Alumni du Choix Goncourt de la Suisse qui est en train de se constituer. Quel est ce projet ?

L’enthousiasme autour du Choix Goncourt de la Suisse nous a poussés à réfléchir avec l’Ambassade de France en Suisse à une façon de continuer à impliquer les anciens étudiants qui ont participé aux différentes éditions. Beaucoup ont spontanément conservés des liens entre eux et souhaiteraient continuer à garder un contact avec les autres étudiants, avec le monde littéraire et garder un pied dans l’aventure du Choix Goncourt de la Suisse.
Trois anciens participants du choix Goncourt de la Suisse, dont je fais partie, vont constituer un groupe sur les réseaux sociaux. Son but sera d’intégrer tous les participants au Choix Goncourt de la Suisse pour leur permettre d’échanger sur le thème de la littérature en partageant des idées de lectures, des travaux personnels, de promouvoir le blog de l’un, ou la parution d’un autre membre… Même si cela doit clairement rester centré sur la littérature francophone, le contenu pourra rester relativement ouvert, on pourra même y partager des productions ou annoncer des évènements susceptibles d’intéresser les autres membres.
Mais ce réseau n’a pas vocation à rester seulement virtuel, au travers des réseaux sociaux. L’Ambassade de France en Suisse nous a proposé de nous retrouver une fois par an autour d’un événement lié à la littérature.
Le Choix Goncourt de la Suisse pourra ainsi vivre au-delà de l’événement ponctuel de la rentrée littéraire pour alimenter durablement la réflexion sur la littérature francophone.

publié le 22/11/2017

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