« L’innovation est réelle, mais elle n’existe pas sans prise de risque » : témoignage

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Vincent Martinez
Crédits : nanoleq

Vincent Martinez est français, installé à Zurich. En 2017 il fonde avec 3 autres ingénieurs la Startup DeepTech* nanoleq, dont le produit innovant est en cours de lancement.

Membre fondateur de la French Tech Zurich, il raconte la naissance de son concept et de son entreprise, mais aussi sa vision de l’innovation en France et en Suisse.

Comment démarre votre histoire d’entrepreneur ?

Il y a deux ans nous avons fondé l’entreprise nanoleq avec trois autres associés, qui sont suisses allemands. Pendant nos travaux de thèse à l’ETH (École Polytechnique de Zurich), nous avons développé un matériau siliconé, étirable comme un élastique mais qui est conducteur :

On peut donc faire passer un courant à travers un ruban élastique !

L’aventure démarre par un projet de thèse en collaboration avec Flurin STAUFFER, visant à développer des implants dans la moelle épinière et dont le but, à terme était de refaire marcher des personnes paraplégiques. C’était un projet entre l’EPFL (École Polytechnique de Lausanne) et l’ETH, initié par le français Grégoire COURTINE.
Dans le cadre de ce projet, a été développé ce matériau assez souple et étirable pour éviter les inflammations et les rejets du corps. Aujourd’hui on fabrique des câbles étirables basés sur ce même matériau que l’on intègre dans du vêtement. Une fois à l’intérieur des vêtements, ces câbles ne sont pas visibles et ne se sentent pas du tout.

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Elastique avec une LED intégrée

Cette industrie de la connectique est en plein essor, il y a un vrai besoin dans le domaine du textile intelligent : pour le sport, le médical, la sécurité, etc...

En quoi est-ce une innovation ?

Nous fabriquons l’élastique le plus conducteur au monde

La robustesse et la conductivité des câbles est meilleure que la concurrence mais surtout, on apporte un produit industriel sur le marché. Nanoleq est la seule entreprise à produire des câbles étirables, intégrés, et confortables. Bien qu’il existe des silicones conducteurs dans le secteur du biomédical ils n’existent qu’au stade de recherche. On innove également au niveau du design du produit, en effet, nous avons développé des connecteurs simples permettant un contact électrique stable avec nos câbles étirables : c’est une difficulté majeure de connecter le monde de l’électronique souple à celui l’électronique rigide

Notre ligne de production est installée depuis peu, nous pouvons désormais fabriquer un demi kilomètre de câble par heure.

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Vêtements connectés
Crédits : nanoleq

A quoi ça sert ? de multiples applications :

  • Sport : vêtements lumineux ou intelligents qui mesurent la fatigue des muscles, la qualité de l’air, etc...
  • Médical : combinaisons à électrodes pour une stimulation électrique et larééducation des muscles (EMS)
  • Industrie : textiles chauffants / textiles permettant la fonction de « tracking » pour la logistique dans les usines par exemple.

Quels liens conservez-vous ou avec la France ?

Auparavant je travaillais au CEA (Commissariat pour l’ Énergie Atomique), donc je sais qu’il y a de très bons chercheurs en France, et beaucoup d’innovation. A l’avenir, je souhaiterais me rapprocher de certains laboratoires, de pôles d’innovation très actifs dans notre domaine. Je voudrais participer au rapprochement de l’innovation entre la France et la Suisse en organisant des évènements entre universités et chefs d’entreprises : c’est la mission que j’entends porter avec la création de la French Tech à Zürich. Cela fait écho avec nanoleq car j’aimerais renouer avec la France, peut-être même y ouvrir une antenne...

Comment se porte l’innovation en France et en Suisse ?

En Suisse l’innovation porte plutôt sur les matériaux, le médical, la biotechnologie, et le secteur financier. Vendre un produit à une haute valeur ajoutée est une nécessité en Suisse, étant donné le niveau des salaires. L’avantage est que les infrastructures permettent vraiment de créer des synergies. Cela dit, même si l’innovation est réelle, elle n’existe pas sans prise de risque. Il me semble que la culture suisse allemande n’est pas nécessairement très compatible avec la prise de risque. Et pourtant il faut savoir avancer parfois sans savoir exactement où l’on va. L’adoption des nouvelles technologies, par ailleurs est assez lente.
En France, dans le tissu Startup, il existe des investisseurs comme le Kima Ventures par exemple, le fond de Xavier NIEL, la Station F. J’entends de bons échos d’amis créateurs de Startup en France.

Je pense qu’il y a beaucoup d’innovation et que la France est en train de jouer une carte sur le digital.

Vous lancez votre produit en ce moment, comment se passe la commercialisation ?

Nous sommes concentrés sur l’industrie du textile connecté et intelligent.

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Dans les locaux de la Startup nanoleq

Comme beaucoup de jeunes entreprises, nous développons en même temps que nous vendons. Pour le moment, nous sommes focalisés sur l’Europe pour assurer des bases solides avec nos premiers partenaires et clients. Nous prévoyons de lever autour de 5 millions d’euros en 2020, suite à quoi nous aurons la force de frappe nécessaire pour nous tourner vers le marché asiatique et américain.

L’Europe est le deuxième continent producteur de textiles, notre base Suisse est donc idéale pour développer un réseau vers la France, l’Italie, l’Autriche, l’Espagne, et le Portugal.

*DeepTech : Selon Bpifrance, le terme “DeepTech” est utilisé pour parler de projets portés par des entreprises et/ou des laboratoires de recherche ambitieux qui innovent en repoussant les frontières technologiques.

publié le 05/11/2019

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