« L’œuvre de Klee peut se lire comme une partition musicale »

Berne - Le pianiste russo-français Mikhaïl Rudy présentera « Merci, Paul Klee », le 12 mars au Centre Paul Klee. Pour ce spectacle inédit, il s’est associé à la comédienne française Brigitte Fossey. Depuis son rôle dans « Jeux interdits » en 1952, cette légende française du cinéma a endossé près de 70 rôles. Accompagnée au piano par Mikhaïl Rudy sur des partitions de Satie, Debussy, Wagner, Schoenberg,…, Brigitte Fossey lira des textes et poèmes en lien avec l’exposition « Paul Klee et les surréalistes ». Interview croisée.

Comment a débuté cette aventure ?

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Mikhaïl Rudy Andy Sommer

Mikhaïl Rudy : Cela s’inscrit dans la continuité d’un projet que je mène depuis de nombreuses années qui vise à allier la musique avec d’autres arts : peinture, cinéma, littérature. Dans ce cadre, j’avais déjà travaillé avec le Zentrum Paul Klee pour l’exposition « Klee et Kandinsky », en 2015. La prestation avait été un grand succès et nous avions joué à guichets fermés. Les organisateurs de cette nouvelle exposition « Paul Klee et les surréalistes » m’ont à nouveau sollicité dans l’idée de lier des textes de cette période surréaliste avec la musique. Ils m’ont aussi demandé avec qui je pouvais le faire. Or, je connais Brigitte Fossey depuis des années. Elle s’intéresse énormément à la musique et aux arts. C’était l’occasion de mener ensemble un projet concret.
Brigitte Fossey : J’entretiens un dialogue très amical avec Mikhaïl Rudy depuis quelques années. Nous aimons à parler musique, peinture, poésie. J’ai toujours été très intéressée par son travail d’association entre musique et peinture. C’était un projet très tentant.

Qu’allons-nous découvrir lors de ce spectacle « Merci, Paul Klee » du 12 mars ?

B.F. : Ce spectacle va illustrer l’œuvre de Paul Klee en travaillant les affinités entre la peinture de Klee, la musique et les textes qui parlent de Klee. Nous allons associer les textes sur Paul Klee et le surréalisme à la musique via des œuvres pour piano de Satie, Debussy, Ravel, Bach, Mozart, Wagner, Schoenberg ou Cage. Nous allons servir l’œuvre de Paul Klee en révélant son univers à travers les mots et la musique.
M.R. : Brigitte, moi et la peinture de Paul Klee. Nous allons raconter l’histoire de cette rencontre. Mais surtout, nous allons raconter l’histoire de la découverte de Paul Klee par les Surréalistes. En effet, et c’est ce qui a rendu les choses complexes, Paul Klee est toujours resté en dehors du mouvement. Ce que nous découvrons, ce sont davantage les fantasmes de surréalistes sur Klee, la manière dont ils voyaient sa peinture.

Qui a établi la sélection des œuvres tant picturales que musicales et littéraires ?

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Brigitte Fossey copyright Visual, la Cinémathèque française, 2014

B.F. : J’ai reçu à lire de très beaux textes sur Paul Klee. Des poèmes d’Aragon ou de Prévert, des textes de Desnos, d’Artaud, de Char, d’Éluard, de Bataille, de Bousquet, de Breton et de Crevel. Tous ces écrivains qui ont découvert l’œuvre de Paul Klee dans le surréalisme. En parlant avec Mikhaïl Rudy, nous avons trouvé des accords entre certaines œuvres qu’il aimait et que j’aimais. Nous parlons le même langage.
M.R. : Les organisateurs nous ont soumis une sélection de textes. Nous avons lu, beaucoup lu, puis discuté, beaucoup discuté. Il y avait deux types de textes. D’une part, des poésies consacrées à Klee, souvent avec la description d’un tableau. Pour ceux-là, l’agencement allait de soi. Restait à trouver la musique. Mais c’est plus difficile pour l’autre type de textes : les lettres. Elles sont par nature plus descriptives, ne sont pas forcément liées à une œuvre précise. Malgré tout, il faut trouver une logique pour le public.

Quel va être votre fil conducteur ?

M.R. : Le spectacle ne doit pas être juste un catalogue de poèmes, de lettres et de musiques. Il doit y avoir un enchainement qui créé une dynamique. La dramaturgie repose sur l’historique des rencontres entre les figures du surréalisme français et leur découverte de Paul Klee. Ca n’est pas pour autant une narration linéaire. La forme permet de rebondir sur des contrastes avec des personnalités, avec différentes appréciations de Paul Klee.

Cette association entre l’œuvre de Paul Klee et la musique était-elle si évidente ?

M.R. : Klee était l’un des grands peintres modernistes du 20e siècle et un amateur de musique. Mais il était très peu intéressé par la musique de son temps. Ses goûts étaient très classiques : Bach, Mozart. La musique est très présente dans son œuvre. Parfois de manière très explicite avec des noms comme « Fugues », « Symphonie ». Dans un livre sur Klee et la musique, Pierre Boulez affirme que l’œuvre de Klee peut se lire comme une partition musicale.
Notre sélection musicale est liée au contenu. Des compositeurs comme Satie sont proches de l’esprit de Klee, dans un esprit dadaïste. Pour d’autres, comme Bach ou Chostakovitch, je cherche en quoi la peinture de Klee est influencée par leur musique. Dans ce type de spectacle, il y a une dimension subjective qui permet ces associations.

En quoi Paul Klee vous a touché ?

B.F. : Paul Klee est un peintre qui m’a toujours interrogé. Il y a la légèreté, la puissance, le minuscule, de très belles découvertes de lumières. Il y a des harmonies de couleurs très subtiles. C’est une œuvre unique, un univers si délicat et pur. Ces œuvres débordent d’énergie, mais toujours avec délicatesse, une sensibilité et une grande puissance.

« Merci, Paul Klee »
Dimanche 12 mars 2017, 17h00
Lecture en français
Billets incl. Signature et boisson après-concert avec les artistes : CHF 85, CHF 25 étudiants, CHF 15 jusqu’à 16 ans.
En visitant l’exposition CHF 10 frais au musée
réservation www.kulturticket.ch Tel 0900 585 887 (CHF 1.20 / min)

publié le 13/03/2017

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