La France, l’Allemagne, la Suisse et l’Europe partagent une communauté de destin [de]

"Malgré les critiques à l’égard de l’UE, la coopération pour faire face à la crise du Covid-19 a bien fonctionné. Une coopération étroite est également nécessaire pour l’avenir". Lisez la tribune conjointe de l’Ambassadeur de France en Suisse Frédéric Journès et de son homologue allemand Norbert Riedel parue dans Le Temps et le Tages-Anzeiger.

Au-delà des tensions des premiers jours, lorsque chaque État, dans l’urgence, a pris ses propres mesures nationales, nous avons vu se manifester entre la France, l’Allemagne et la Suisse des solidarités admirables et une intelligence collective qui se renforce chaque semaine. La plus belle illustration de cette solidarité, c’est sans doute la réponse collective des hôpitaux de nos trois pays à l’urgence sanitaire dans la région du Grand-Est. Début avril, les hôpitaux et les cantons suisses, les hôpitaux et les Länder allemands et ceux de toute la France sont venus appuyer leurs collègues du Grand-Est.

Il y a eu également, de façon très concrète, des actions essentielles entre nous pour assurer notre capacité à répondre à la crise sanitaire et à soutenir nos économies et ceux qui les font fonctionner. Dès le 18 mars, les ministres du Travail et des Affaires européennes de nos trois pays, avec leurs collègues du Luxembourg et de la Belgique, s’entendaient sur des mesures qui allaient permettre aux travailleurs frontaliers dont l’activité devait se poursuivre, notamment ceux de la santé, de continuer à circuler par-delà les frontières et leur assurer, si cela n’était pas possible, le bénéfice du système de chômage partiel.

Nous avons ainsi donné la possibilité à toutes nos entreprises, demain, de repartir et reprendre leur activité, le plus vite possible. L’Union Européenne a pris sa part en associant la Suisse au bénéfice du système de sécurisation des exportations de matériel de protection de santé et en la faisant bénéficier des lignes vertes assurant le transport et le passage en douane des marchandises indispensables.

Enfin, n’oublions pas que jusqu’à 75 % des vols de rapatriement de citoyens européens et associés dans le monde, dont un certain nombre de ressortissants suisses, ont été réalisés grâce à des fonds européens. Ces vols auront concerné 40 000 passagers.

Rappelons-nous qu’après que la France et d’autres pays ont aidé des ressortissants suisses à revenir du Hubei au mois de janvier, des vols suisses ont ramené des Français et des Allemands du Pérou, du Congo ou du Kosovo. Des vols allemands et français ont contribué à faire revenir des Français ou des Suisses de Djibouti, d’Argentine ou d’Egypte.

Notre communauté de destin s’est imposée comme une évidence

Dans quelques semaines, il va falloir réussir le redémarrage de la vie économique. Pour nos régions frontalières, cette réussite va se jouer sur la réouverture coordonnée des frontières. Le « Dreiländereck » entre l’Allemagne, la France et la Suisse, ce ne sont pas trois morceaux de pays distincts : c’est un véritable bassin de vie commun.

Cette période extraordinaire nous rappelle aussi qu’au-delà de nos différences, nous sommes tous des Européens. La réponse européenne à cette crise, n’en déplaise à ceux qui la critiquent, est sans précédent. Jamais l’Union n’avait mobilisé des fonds aussi gigantesques en quelques semaines seulement. Jamais les États membres n’avaient à ce point accepté d’aller au-delà de leurs habitudes. Jamais aussi nous n’avions senti aussi vivement l’importance de nos valeurs communes, en particulier le respect de la liberté individuelle et de l’État de droit. La France et l’Allemagne se retrouvent ici avec nos amis suisses dans la conviction que l’urgence ne peut en aucun cas justifier le renoncement aux libertés qui ont assuré notre identité démocratique.

Qu’en sera-t-il de notre relation demain ? Chacun, bien sûr, restera lui-même ; mais le séisme que nous vivons va bousculer certains présupposés qui entravaient, depuis trente ans, notre chemin commun. Jusqu’à cet hiver, l’alpha et l’oméga de nos relations c’était le choix de 1992 : le postulat que nous n’avions pas de vision partagée de notre avenir. Ce mantra vient de s’enfoncer dans le passé, comme la division de notre continent s’est enfoncée dans le passé entre 1989 et 1991. Du jour au lendemain, il n’y a plus aucune différence, dans nos esprits, entre la Suisse et les Etats membres de l’Union : notre communauté de destin s’est imposée comme une évidence.

Frédéric Journès, Ambassadeur de France en Suisse
Norbert Riedel, Ambassadeur d’Allemagne en Suisse

Tribune d’opinion parue en français dans Le Temps et en allemand dans leTages-Anzeiger le 01/05/20.

JPEG - 182.4 ko
Frédéric Journès et Norbert Riedel au Dreiländereck (08/01/20)
CREDIT PHOTO // Sandra Jamet @FranceenSuisse

publié le 06/05/2020

haut de la page