« Le monde du livre mène à tout et tout mène à la littérature »

#lanuitdesidees - Isabelle Falconnier, Présidente du Salon du livre et de la presse de Genève, Déléguée à la politique du livre de la ville de Lausanne, chroniqueuse et critique littéraire à L’Hebdo, assurera, le 26 janvier, la modération du débat « Comment penser un monde commun ? » lors de la Nuit des Idées.

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Vous êtes la présidente du Salon du livre et de la presse de Genève. Pourquoi avoir accepté une telle responsabilité ?

Le Salon du livre et de la presse est un outil formidable proposé à tous les lecteurs de Suisse romande et de France voisine autant qu’aux éditeurs et à leurs auteurs. Cette ville éphémère printanière assez magique est un rendez-vous incontournable de la vie culturelle de Suisse et du monde francophone. C’est un plaisir et un honneur pour moi que d’en être la présidente depuis 2011. De plus, j’ai trouvé autour de la directrice du Salon Adeline Beaux une petite équipe formidable, motivée et dynamique.
Mes activités professionnelles depuis vingt ans convergent vers un rôle de passeuse au service du livre : dans la foulée d’une quinzaine d’années à porter le livre dans les médias en tant que critique littéraire, j’ai eu envie de développer d’autres formes de médiations littéraires. Un salon du livre comme celui de Genève, l’un des principaux dans l’aire francophone avec ses scènes thématiques portant autant la fiction, le polar, la BD, le livre jeunesse, les essais, le vaste champ du développement personnel, la littérature voyage, que la littérature africaine ou arabe, est un terrain de jeu passionnant pour imaginer comment mettre en scène le monde du livre et des écrivains sous différentes formes et à l’intention de tous les publics. De plus, la Suisse romande est une région extrêmement vivante et inspirante du point de vue de la vie du livre. Ainsi, la créativité autour du polar en Suisse romande a permis à l’équipe du Salon du livre de créer Lausan’noir en novembre dernier, un nouveau festival annuel, le premier du genre en Suisse, dédié à 100% à l’univers du polar. C’est aussi dans cette logique que depuis 2015, je développe une politique du livre à Lausanne, notamment à travers un Prix des lecteurs de la Ville de Lausanne, avec un jury de lecteurs-citoyens et des rencontres publiques, qui remportent un joli succès.

La littérature semble tenir une place primordiale dans votre vie. Quelle est-elle ?

Une place essentielle, oui. Je lis depuis toujours, partout et tout le temps. Je le constate sans cesse : le monde du livre mène à tout et tout mène à la littérature. Un livre permet tous les débats, d’aborder tous les sujets. Et écrire un livre reste un geste unique, symbolique. Même des youtubeuses à succès comme Marie Lopez, alias Enjoy Phoenix, finissent par écrire un livre qui leur permet de dire d’autres choses, d’une autre manière, à son public. Comme le décrit très bien Nancy Huston, nous sommes une « espèce fabulatrice », nous avons besoin de mises en récit, de « storytelling », comme on dit dans le monde de la politique ou de la communication.
Lire des romans est une école de vie formidable : se mettre à la place des personnages d’une manière aussi intime nous ouvre l’esprit et nous permets d’écrire ensuite le récit de notre propre vie en se libérant du seul roman familial et social dont nous héritons. En matière de littérature et d’écriture, l’usage est multiple. Je suis tout autant passionnée par les phénomènes d’écriture thérapeutique, qui indiquent depuis la nuit des temps qu’écrire soigne, que de bibliothérapie, qui indique que lire les mots des autres peut soigner ses propres maux.

Vous avez accepté d’assurer la modération du débat sur le thème « Un monde commun » lors de la Nuit des idées. Vous êtes par ailleurs journaliste et très impliquée dans de nombreux débats d’idées. Que recouvre pour vous le terme « débattre » ?

Le débat d’idées est aussi naturel à l’homme que la respiration ! L’échange de vues et d’idées, que ce soit dans un pays, une entreprise ou un couple, est ce qui maintient la structure, l’organisme, vivant. Je trouve qu’on ne débat jamais assez. Le débat d’idées est à la fois ce qui permet de se rendre compte de la multiplicité des avis, des positions, des points de vue possible, de la richesse de l’esprit et de l’âme humaine. C’est aussi ce qui permet d’aller au-delà des a priori, des stéréotypes, des clichés, des peurs, et qui donc permet le progrès social, le vivre-ensemble, la tolérance. Je suis en partie devenue journaliste, mon métier de base, parce que je crois dans le pouvoir des idées. Il ne faut jamais arrêter de poser des questions, de vouloir en savoir plus, ne pas se contenter de la surface des choses, des apparences. Une Nuit des idées est un concept formidable parce qu’il valorise la créativité intellectuelle, les vues de l’esprit humain, le rêve et le fantasme parfois, mais qui seuls peuvent au final faire avancer les choses concrètement ensuite.

publié le 27/01/2017

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