"Les prix littéraires sont plus que jamais indispensables"

#GoncourtSuisse - L’écrivain français Pierre Assouline, auteur d’une trentaine de livres – biographies, romans, enquêtes, documents… - qui siège au jury de l’Académie Goncourt, est un amoureux de la Suisse. Il sera le « Monsieur Loyal » de la soirée de proclamation du lauréat de la Liste Goncourt / Le choix de la Suisse, qui se tiendra le 8 novembre à Berne.

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Quel est l’intérêt de décliner le Prix Goncourt dans d’autres pays à travers le monde, comme pour La Liste Goncourt / Le Choix de la Suisse ?

Il faut préciser que l’initiative de ces concours étrangers n’est pas de l’Académie Goncourt. Tout est partie de l’Institut français de Cracovie, en Pologne. En 1998, ils nous ont contacté pour nous faire part de ce qu’ils souhaitaient faire et comment ils le voyaient. L’Académie a donné son accord.
Le principe établi dès l’origine était simple : l’Institut français de Cracovie pouvait utiliser le nom Goncourt, le choix serait fait par les étudiants polonais sur la première liste de la sélection, et l’Académie Goncourt n’a pas de droit de regard sur les modalités de choix local. L’Ambassade de France cornaquait le tout et, pour sa part, l’Académie Goncourt promettait qu’un ou deux membres seraient présents lors de l’événement.
Ça a très bien pris auprès des étudiants ou des lycéens francophones. Et dans les années suivantes, les Serbes et les Italiens ont sollicité l’Académie Goncourt pour reproduire le modèle.

Et pour la Suisse ?

A deux reprises, pour deux pays, je me suis permis de prendre les devants en leur proposant d’organiser leur propre Liste Goncourt : pour la Suisse et la Belgique. J’avais déjà signifié à l’Académie Goncourt qu’il était regrettable que ces deux grands pays francophones ne soient pas impliqués. De passage en Suisse, en 2015, j’en ai parlé un soir à l’Ambassadeur de France en Suisse. Dès le lendemain, nous rencontrions le conseiller culturel. J’ai été très clair dans ma proposition : « Le modèle existe, faites comme les autres ! » La Liste Goncourt / Le choix de la Suisse était lancée !

Justement, le modèle de La Liste Goncourt contribue-t-il au rayonnement de la Francophonie à travers le monde ?

Je trouve dommage que des pays francophones n’intègrent pas cette initiative qui peut réellement dynamiser l’étude du français dans les universités.
Le Goncourt n’est pas réservé à des auteurs ou des éditeurs français. L’important est que ce soit écrit en langue française. L’auteur Metin Arditi, qui figurait dans la première sélection cette année, est un Turc devenu Suisse, mais qui écrit en français
Nous avons envie que la langue française non seulement ne meurt pas, mais s’étende. Ca n’est pas de l’impérialisme. Nous avons envie de faire en sorte qu’elle soit de plus en plus parlée parce qu’à travers la langue, c’est la culture qui s’exporte. C’est ce que font les autres pays comme l’Allemagne au travers des Goethe Institut, ou l’Espagne et ses Instituto Cervantes. C’est normal, surtout si on sent sa langue attaquée, non pas par l’anglais, mais par le globish.

Et le Goncourt peut vraiment jouer un rôle dans la défense de la langue française ?

Il y a 2 000 prix littéraires en France. S’il y en avait plus, je serais ravi. Les prix littéraires sont plus que jamais indispensables.
Mais le Prix Goncourt est le prix le plus connu au monde après le Prix Nobel. C’est un prix qui fait vendre des livres. Ces ventes permettent de faire vivre des écrivains. Et puis, c’est toujours agréable pour un écrivain d’être consacré.
Mais, surtout, le Goncourt fait lire !

Justement, les Listes Goncourt peuvent-elle constituer un outil pédagogique auprès des étudiants francophiles à travers le monde ?

Localement, les jurys sont composés d’une dizaine d’étudiants, qui représentent eux-mêmes des dizaines d’étudiants. Ces jeunes de 18 à 20 ans vont exercer leur esprit critique sur des ouvrages de littérature française. Ils vont en parler autour d’eux.
Et puis, il y a de fortes chances qu’ils restent profondément marqués par le jour où ils vont rencontrer un écrivain – leur lauréat - qui est mondialement connu.

A titre plus personnel, vous êtes particulièrement attaché à la Suisse…

C’est un pays que j’aime beaucoup. J’aime les Suisses, j’aime le pays pour son mode de vie.
J’y viens tout le temps depuis l’âge de 25 ans. Dès que j’en ai l’occasion, j’y viens. On me prête notamment un endroit très agréable dans le Valais, où je peux écrire. J’ai d’ailleurs déjà fait la tournée de tous les lycées du Valais car ils avaient adopté mon premier roman à étudier. Et j’ai donné des cours, ces deux dernières années, à la Société de lecture de Genève.
Je vais souvent au festival Le Livre sur les Quais à Morges. Je suis allé plusieurs fois au Festival Visions du réel de Nyon. J’ai été le lauréat du Prix du Salon du livre de Genève. Et je me tiens quotidiennement au courant de l’actualité littéraire en Suisse.

Retrouvez régulièrement Pierre Assouline sur son blog : La République des livres

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Chaque jour, à midi, suivez l’actualité du Prix Goncourt / Le Choix de la Suisse sur le compte Facebook de l’Ambassade de France en Suisse : @ambassadedefranceensuisse et sur le compte Twitter : @FranceenSuisse

publié le 07/11/2016

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