Masculinités, violence et paix : étude de Swisspeace

La France est le quatrième pays au monde à avoir officiellement adopté une politique étrangère féministe en 2019.

Cela implique une révision des politiques existantes. Le Haut Conseil de l’égalité des femmes et des hommes de la France note que cette nécessité est particulièrement prononcée en ce qui concerne la politique de défense et de stabilité de la France. Ces orientations sont conformes à la stratégie française de Prévention, de Résilience et de Paix durable 2018-2022, qui reconnaît qu’une paix durable ne peut être obtenue que si les causes profondes des conflits, et en particulier l’inégalité entre les sexes, sont traitées. Cette stratégie fait principalement référence au deuxième plan d’action national de la France (2015-2018) pour la mise en oeuvre de la résolution 1325 du Conseil de sécurité des Nations unies, ainsi qu’à sa stratégie internationale pour l’égalité entre les femmes et les hommes.

Afin de contribuer aux efforts de la France en faveur d’une prévention efficace des conflits et d’une paix durable, le Ministère de l’Europe et des Affaires Etrangères a pris contact avec Swisspeace, pionnier dans le domaine, pour une étude exploratoire, étudiant les relations entre masculinités, violence et paix.

Le Ministère de l’Europe et des Affaires Etrangères finance l’étude par une subvention à hauteur de 50 000 €, une convention sera prochainement signée entre l’Ambassade de France et Swisspeace.

L’approche de "Swisspeace" en matière de genre dans la politique de paix et la promotion de la paix se fonde sur les études de genre les plus récentes, qui ne réduisent pas le genre aux femmes mais inclut également le concept de masculinité. Les recherches menées dans divers contextes de crise et de conflit ont appris que souvent, les hommes en particulier se sentent profondément désemparés par la crise et la destruction de leurs moyens d’existence et de leur statut antérieur. Il s’agit notamment d’une anxiété profonde concernant leur propre identité masculine et la crainte de ne pas pouvoir l’assumer correctement (par exemple, l’incapacité d’être un pourvoyeur, un protecteur ou un mentor). C’est précisément dans ces insécurités que les acteurs armés, étatiques ou non, puisent pour promettre un sentiment de communauté et une réaffirmation d’un type spécifique de masculinité. Cela se fait au détriment d’autres expressions de la masculinité (par exemple, le père attentionné, le chef tribal responsable ou l’agent communautaire de confiance) et contribue souvent à l’augmentation de la violence sexiste en temps de crise et de conflit. La prévention efficace des conflits et la consolidation de la paix dépendent donc d’une analyse et d’une compréhension approfondie des relations encore sous-explorées entre les masculinités, la violence et la paix.

Dans un premier temps, l’étude devrait avoir lieu dans un pays-pilote d’intérêt stratégique pour la France : le Sahel, le bassin du Lac Tchad, la République centrafricaine, l’Afrique du Nord ou la région Afrique du Nord - Moyen Orient, avant d’élargir le champ d’application territorial à un stade ultérieur.

Dans le contexte choisi, l’étude identifiera les principaux modèles et récits liés aux masculinités, à la violence et à la paix en posant notamment les questions suivantes : Que faut-il pour être « un homme » ? Comment cela est-il mis en danger en temps de crise ? Quelles sont les alternatives existantes ? Quel rôle joue l’usage de la violence dans la réaffirmation de soi ? Et surtout, que manque-t-il pour accroître et solidifier les expressions non violentes de la masculinité et inciter les autres à suivre ? À partir de là, Swisspeace identifiera les points d’entrée potentiels des programmes et en tirera des recommandations pour les orientations stratégiques, y compris une évaluation des risques potentiels qui y sont associés.

publié le 22/02/2021

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