Nicolas Mangold, expert de la planète Mars, est l’un des visages de la coopération scientifique franco-suisse

Directeur de recherche au CNRS au Laboratoire de Planétologie et Géodynamique à Nantes, Nicolas Mangold est spécialiste de géologie planétaire. Il étudie plus précisément l’évolution géologique et climatique de Mars avec les données des sondes en orbite, en collaboration notamment avec l’université de Berne. Il nous raconte son quotidien d’observateur de la planète rouge. RENCONTRE

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Cet été nous fêtons l’anniversaire du premier alunissage. Que représente la date du 21 juillet 1969 pour vous ?
Le week-end où mes parents se sont mariés ! Peut-être un signe ! J’ai toujours vécu avec Apollo 11 comme référence, c’est un peu l’an 0 de l’exploration planétaire moderne.

Vous êtes un spécialiste de Mars. Comment les missions de conquête de la lune vous aident-elles à comprendre la planète rouge ?
Il y avait peu de points communs au début, puisque la conquête de la Lune a été une course politique et technologique et que les astronautes sont arrivés très vites à la surface, alors que Mars a été explorée par des sondes orbitales, puis au sol, sans astronautes, et avec des objectifs scientifiques moteurs. Cependant l’exploration lunaire récente s’apparente beaucoup plus à celle de Mars avec des objectifs scientifiques qui guident des missions robotisées en orbite et au sol.
Pour un géologue planétaire, la Lune représente une référence fondamentale pour les corps planétaires rocheux, notamment du fait de l’absence d’atmosphère et de son évolution limitée. C’est comme un terrain de jeu pour la compréhension des cratères d’impact qui la parsèment et qui ont affecté toutes les planètes.

En quoi consistent vos recherches et quel est leur objectif ?
Ma journée de travail typique se focalise sur l’étude de données orbitales ou au sol prises par le rover Curiosity. Il s’agit de traiter les images les plus récentes, par exemple de l’instrument CaSSIS qui a été développé à Berne, et de les intégrer dans les thèmes de recherche qui m’intéressent (vallées fluviales, roches sédimentaires anciennes) ou les données de chimie de l’instrument ChemCam qui est un laser qui permet d’obtenir la composition chimique des roches visitées par le rover Curiosity. Le plus souvent ma journée se poursuit par des téléconférences, à partir de 16h00, en raison du décalage horaire avec les USA et des nombreuses collaborations que nous avec des laboratoires américains. D’ailleurs, la journée peut se poursuivre tard le soir, car je participe régulièrement à la programmation du rover Curiosity qui s’effectue à distance et tous les jours depuis 7 ans, et toujours en horaire "américain", donc le soir pour nous en Europe !

En quoi consiste la coopération entre votre laboratoire et l’université de Berne ?
Le groupe de Nick Thomas de l’Université de Berne a développé une caméra perfectionnée, CaSSIS, qui se trouve à bord de la sonde européenne ExoMars-Trace Gas Orbiter, en orbite autour de Mars depuis trois ans. Cette caméra permet l’acquisition d’images couleurs et stéréos (permettant de reconstituer le relief) et a déjà acquis plusieurs centaines d’images de la surface martienne. Notre laboratoire collabore avec l’Université de Berne dans ce cadre, en étudiant les images qui nous concernent le plus thématiquement, en participant à la programmation de l’instrument, c’est à dire en ciblant les images à acquérir sur des régions d’intérêt, et en reportant les résultats de nos travaux à l’équipe (qui inclut également des laboratoires allemands, italiens, anglais, américains, polonais...) pour permettre d’intégrer ces résultats dans une compréhension plus générale de la planète Mars.

Comment travaillez-vous avec vos collègues scientifiques suisses ?
Nous avons régulièrement des téléconférences, mais des réunions en personne sont nécessaires pour permettre des échanges plus directs et une meilleure synergie de l’équipe scientifique et technique. Et puis il n’est pas désagréable de venir à Berne une ou deux fois par an pour profiter des avantages culinaires et culturels de la ville :)

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Image des sédiments anciens dans le cratère de Gale, Mars
Crédit : NASA/JPL/MSSS

Vous pourrez rencontrer Nicolas Mangold lors de l’événement ExoMars organisé conjointement par l’Ambassade de France et l’université de Berne - Center for Space and Habitability (CSH) le 19 novembre prochain. (informations en cliquant ici)

publié le 14/10/2019

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