« Nos 400 étudiants sont issus de près 60 nationalités »

Loris Petris est Professeur ordinaire à la Chaire de langue et civilisation françaises, mais aussi directeur de l’Institut de langue et civilisation françaises (ILCF). L’institution neuchâteloise célèbre en 2017 ses 125 ans de bons services.

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Portrait de Loris Petris

Pourriez-vous retracer l’histoire des 125 années de l’ILCF ?

C’est une épopée dont on n’a pas toutes les traces. Ce que nous savons, c’est qu’un premier cours spécial de français à l’usage des élèves de langues étrangères est créé en 1872 à Neuchâtel. Ce cours est alors rattaché au gymnase. En effet, le Conseil d’Etat s’était rendu compte que le gymnase scientifique comptait plus de non francophones que de francophones. Durant une vingtaine d’années, ce cours est fréquenté par en moyenne 18 étudiants, et il apparaît rapidement que ces élèves sont plus âgés que les autres élèves du gymnase. Cette spécificité va inciter à envisager un rattachement à l’Académie de Neuchâtel, l’ancêtre de l’université. C’est ainsi qu’est créé, en 1892, il y a donc 125 ans, le Séminaire consacré à l’étude du français moderne, rattaché à la Faculté des lettres. Nous conservons précieusement cet acte de fondation, l’original de l’arrêté du Conseil d’Etat.

Quel était l’objet originel de ce séminaire de français ?

Vous savez, le français à Neuchâtel a une histoire bien longue puisque la première traduction intégrale de la Bible en français par Olivétan est une production neuchâteloise. En Suisse romande, terre limitrophe de la France, le français est à la fois une langue nationale et une langue étrangère pour nos étudiants non francophone. Le plurilinguisme helvétique suscite une autre conscience de la langue de l’autre et notamment, je pense, une plus grande tolérance linguistique.
Au départ, ce Séminaire de français moderne est dirigé par un professeur de grec qui a déjà enseigné au gymnase. Son but avoué est d’attirer les étudiants étrangers. C’est dans cette même logique d’ailleurs qu’a été créé un 1893 un Cours de vacances – aujourd’hui Cours d’été - qui existe encore aujourd’hui et offre dès le mois de juillet une nouvelle formule, plus modulaire et intensive.
Dans le cadre de ce séminaire, on enseigne la langue pratique. Très tôt, aussi, on y joint l’idée que la langue s’apprend à travers la littérature. L’ancrage se fait autour de la linguistique et de la littérature et on ajoute un enseignement d’histoire culturelle, on utilise également le terme de « civilisation ». L’axe consiste surtout à approcher une réalité du passé ou du présent, en croisant différents éléments d’histoire matérielle et immatérielle pour comprendre comment les deux s’influencent dans une culture. C’est réellement un enseignement pluridisciplinaire. Déjà, en 1890, par exemple, on ajoutait à l’enseignement un cours d’improvisation et, en 1900, un cours de diction et prononciation… Aujourd’hui encore nous insistons sur cette spécificité. Par exemple, lorsque nous étudions la littérature, nous invitons des écrivains pour faire vivre cette littérature. Nous avons ainsi reçu, entre autres, Michel Tournier, Nicolas Bouvier, Etienne Barilier, Jacques Chessex, Thomas Sandoz. Agotha Kristof, qui a été l’une de nos étudiante et même été traduite par l’un de nos étudiants.

Que représente aujourd’hui l’ILCF dans le paysage universitaire suisse ?

125 ans après sa création, nous avons formé environ 10 000 étudiants. Cette année encore, nous accueillons des publics d’horizons très différents : nos 400 étudiants sont issus de près de 60 nationalités. Ils viennent dans nos murs pour suivre un enseignement hebdomadaire qui va de 2 heure à 18 heures et vient en complément des formations classiques universitaire, un Bachelor et un tout nouveau Master, qui se concentrent sur l’enseignement du français langue étrangère. Certains viennent simplement apprendre le français, d’autres étudiants viennent en parallèle à des formations dans d’autres institutions du canton, des hautes écoles, et du privé ; d’autres encore sont installés durablement dans notre région et contribuent à son dynamisme économique et intellectuel.
Il faut également préciser qu’il existe des instituts analogues à Genève et Lausanne. Nous sommes en contact pour coordonner nos enseignements et préserver nos spécificités. Fribourg s’est ainsi spécialisé sur le plurilinguisme.

Le plurilinguisme est donc au cœur de vos préoccupations ?

Cette question de la langue de l’autre et de l’acceptation de la langue de l’autre nous préoccupe même si elle n’est pas au centre de notre vision. D’autant que nos étudiants ont fait le choix d’investir dans le français, surtout pour ceux qui viennent de l’extérieur. C’est là un choix très courageux.
Je suis un farouche partisan du plurilinguisme. Une des forces et des spécificités de la Suisse est que, même si on ne parle pas la langue de l’autre, on est formé pour la comprendre. Dans les commissions fédérales auxquelles je participe, chacun s’exprime dans sa langue et les autres en ont au moins une compréhension passive. Quand on intervient, on peut le faire comme l’on veut, dans l’une des langues nationales. Si l’on ne se tient pas à cette exigence, le niveau de réflexion va tomber à un « anglais de cuisine » appauvri que personne ne maîtrisera vraiment, qui est certes important dans le contexte de la mondialisation, mais qui n’appartient pas à notre terroir, à nos réalités.

Le programme de cette année de commémoration

CÉRÉMONIE OFFICIELLE
Voyage amoureux en Italie
Conférence de Dominique Fernandez, de l’Académie française
12 mai, à 17h30
A l’Aula des Jeunes-Rives, Espace Louis-Agassiz 1

CONFÉRENCES
Conférences dans le cadre du Cours d’été,
Du 3 au 28 juillet
A la Faculté des lettres et sciences humaines (FLSH)

COLLOQUE INTERNATIONAL
L’image des langues : 20 ans après
Les 10 et 11 novembre
A l’ILCF, Faubourg de l’Hôpital 61-63

THÉÂTRE
Représentation théâtrale,
Les 29 et 30 novembre
Au Théâtre du Pommier, rue du Pommier 9

Institut de langue et civilisation françaises (ILCF)
Fbg de l’Hôpital 61, CH - 2000 Neuchâtel | +41 32 718 18 05
www.unine.ch/ilcf

publié le 22/05/2017

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