« Nous sommes des accélérateurs de la circulation entre les territoires »

Vincent Baudriller est le directeur du Théâtre Vidy-Lausanne depuis 4 ans. La série de rendez-vous de l’artiste français Vincent Macaigne qu’il programme ce mois-ci illustre sa volonté de faire de Vidy-Lausanne un carrefour des cultures.

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Portrait de Vincent Baudriller Samuel Rubio

Vous avez codirigé durant 10 ans le Festival d’Avignon au côté d’Hortense Archambault. Est-ce ainsi que vous avez découvert la scène suisse ?

Dans le cadre de l’ouverture d’Avignon sur le monde, j’ai effectivement eu l’occasion d’être en rapport avec le théâtre suisse qui existe dans sa diversité et son multilinguisme. Le théâtre suisse romand est différent du théâtre suisse alémanique et tessinois. Régulièrement, nous avons invité à Avignon des personnalités de la scène suisse : les romands Massimo Furlan, Oscar Gomez Mata ou Cindy van Acker, et les suisses alémaniques Christoph Marthaler qui était l’artiste associé pour l’édition de 2010, Milo Rau, Stefan Kaegi artistes majeurs de la scène alémanique…
Il y avait également des liens naturels entre Avignon et un théâtre de production comme Vidy-Lausanne. Alors que j’étais au festival, nous avions déjà monté des projets ensemble, notamment un spectacle de Claude Regy : Ode maritime, un poème de Pessoa ou Stifters Dinge de Heiner Goebbels. Ils avaient créé à Vidy avant de venir jouer à Avignon.
Tous ces liens m’ont nourri lorsque j’ai finalement remonté le Rhône pour arriver à Lausanne en 2014.

Parmi les artistes que vous programmez, on retrouve de grands noms de la scène française, notamment Vincent Macaigne qui a pris ses quartiers chez vous en septembre. Votre ambition serait-elle de placer Vidy au cœur du théâtre francophone ?

Nous sommes un lieu de production pour des artistes qui ont besoin d’être soutenus par un producteur ayant la capacité de monter des projets ambitieux. Nous produisons des artistes suisses et internationaux, dont naturellement, à cause de la proximité linguistique et culturelle, des artistes français. Vincent Macaigne est actuellement l’un des artistes les plus puissants sur la scène française, avec une capacité à repousser le théâtre dans ses retranchements. Ensemble, nous avons produit L’Idiot, qui a eu un grand succès à Lausanne, à Paris et à l’étranger. L’an dernier, nous avons produit En manque. Et il vient de créer Je suis un pays. Nous assurons la production déléguée de ce spectacle. Les répétitions, la création, la construction des décors se font ici, à Lausanne. La production est financée grâce à la participation de plusieurs coproducteurs français et étrangers qui vont ensuite présenter le spectacle, notamment à Paris à Nanterre-Amandier avec le Festival d’automne et au théâtre de la Colline, à Rennes, Mulhouse, Douai, Orléans, Perpignan, Strasbourg et au Luxembourg et à Amsterdam.
Ainsi en produisant et en faisant tourner des artistes français comme Vincent Macaigne, et , pour ces prochains mois, Jean-François Peyret ou Christophe Honoré, le Théâtre de Vidy participe activement à la vie théâtrale française.

Comment cette scène française est-elle accueillie par les spectateurs suisses ?

Il y a une relation historique entre la scène française et la scène romande. La scène romande appartient au territoire du théâtre francophone. La circulation entre la France et la Suisse est naturelle chez les metteurs en scène comme chez les acteurs, les danseurs et même chez les spectateurs. Nous essayons de faire circuler les spectacles entre les deux pays. Il est passionnant de constater que le contexte historique, politique et culturel des spectateurs influe beaucoup sur leur perception d’une pièce. J’ai pu constater qu’une même pièce peut être perçue différemment à Lausanne et à Avignon. Et pour Vidy je peux témoigner d’une belle curiosité des spectateurs pour la scène française.
A mon arrivée à Lausanne, nous avons créé, avec le théâtre de l’Arsenic, le festival Programme Commun qui invite au mois de mars, des artistes suisses, français et étrangers pour accroître leur visibilité. Ces croisements sont très enrichissants pour les spectateurs comme pour les artistes.
A Vidy, nous invitons les spectateurs à découvrir le théâtre du monde entier. On y voit des spectacles principalement en Français mais aussi dans différentes langues, en particulier les autres langues principales suisses (allemand et italien).

Vous voulez imposer Vidy au carrefour des cultures ?

Le théâtre Vidy-Lausanne a pris cette dimension internationale dès la fin des années 80, sous la direction pendant deux ans de Matthias Langhoff. Puis, René Gonzalez qui a dirigé le théâtre pendant 22 ans en a fait une plate-forme de création très importante, notamment pour de nombreux artistes français. Il a aujourd’hui cette double mission de rayonnement international mais aussi d’accompagnement des artistes suisses romands.
En arrivant ici, j’ai ajouté mon expérience de la scène française, francophone et internationale. Je n’ai finalement eu qu’à prolonger le travail de mes prédécesseurs en jouant sur la situation particulière de Lausanne et de la Suisse, au carrefour de la culture francophone et alémanique. Vidy est naturellement à l’intersection de ces traditions linguistiques et théâtrales. Lorsque le metteur en scène allemand Thomas Ostermeier vient monter La Mouette de Tchekhov avec des acteurs francophones, français et suisses, c’est une rencontre entre deux histoires du théâtre qui s’opère pendant la création. Et la longue tournée de ce spectacle permet de témoigner de cette expérience, notamment en France.
Nous travaillons ainsi avec des artistes et des partenaires internationaux pour faire de Vidy un carrefour artistique entre l’Europe Francophones et les autres régions de Suisse et du monde.

Théâtre Vidy-Lausanne
Av. Jaques-Dalcroze 5, CH-1007 Lausanne
www.vidy.ch

publié le 29/09/2017

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