« Quand je pense écriture, je pense en français »

Thierno mohamed Hakim, dit Hakim Bah, auteur guinéen, sera présent ce samedi 29 avril 2017, à 10h15, au Salon du livre et de la presse de Genève, dans le cadre du Salon africain. Ses nouvelles et son théâtre, à la fois modernes et courroucés, ont été repérés dans le monde entier.

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Voudriez-vous retracer votre parcours ?

Je suis né en République de Guinée, où j’ai fait des études d’informatique à Conakry. Entretemps, je lisais. La lecture m’a amené à l’écriture. J’étais ouvert à toutes lectures : les classiques africains, bien sûr, puis, j’ai découvert Faulkner ! En fonction de mes lectures, je me suis mis à m’essayer. J’ai écrit de la poésie, puis je suis passé aux nouvelles et, enfin, au théâtre.

Quelle a été l’impulsion pour vous y mettre « en vrai » ?

J’ai écrit ma pièce Sur la pelouse à l’occasion d’une résidence d’écriture. Les résidences d’auteur ont été déterminantes pour moi, notamment grâce au programme Visa pour la création de l’Institut français (http://www.institutfrancais.com/fr/afrique-et-caraibes-en-creations/visas-pour-la-creation) . Ces lieux permettent de s’éloigner de son quotidien et de réfléchir. Des bourses aussi nous permettent de vivre. C’est une véritable ouverture, en France, pour des artistes qui défendent la langue française.
Malheureusement, au niveau de la Guinée, je n’ai reçu aucun soutien. C’est grâce à l’Institut français, au centre culturel franco-guinéen, que j’ai pu participer à des ateliers d’écritures.
J’ai été invité en France, la première fois en 2013, avec une bourse au théâtre de l’Aquarium. C’était aussi avec le soutien de l’Institut français qui m’a proposé d’autres résidences, à La Rochelle.
Depuis, je suis souvent revenu en France et je me suis installé à Montreuil. J’ai fait un Master de mise en scène et dramaturgie à Nanterre. J’ai des pièces publiées chez Lansman, une maison spécialisée sur le théâtre, et je vis désormais essentiellement de l’écriture.
Cependant, je garde le contact avec la Guinée. Ce qui m’intéresse c’est de créer des ponts. Je fais la direction artistique du projet « Univers des mots », en Guinée. Univers des mots est une fabrique d’écritures contemporaines. Actuellement, nous accueillons à Conakry un groupe d’auteurs de France et de Suisse.

Dans quelle langue écrivez-vous ?

Je ne parle que deux langues ; le français et le pular, ma langue maternelle. Je ne peux pas écrire en pular parce que j’ai toujours réfléchi en français. Je rêve en français, même s’il m’arrive de rêver en pular. Quand je pense écriture, je pense en français.
Quand j’écris en français, j’écris à ma manière. J’utilise beaucoup de répétitions. J’écris souvent comme je parle. Ca n’est pas le français de la France. C’est ce qui fait aussi la richesse de cette langue, cette générosité qu’elle a de tendre la main à d’autres cultures.
Les histoires que je raconte, ce sont des histoires qui sont nourries de mon identité. Même si j’écris en français, je me nourris d’autres choses.

Quel est votre style de prédilection ?

JPEGJ’écris essentiellement du théâtre. Mais je suis passé par les nouvelles, et je viens de publier un recueil aux Editions Ganndal en Guinée. Je pense que je vais aussi m’essayer au roman.
La littérature c’est une maison qui dispose de plusieurs chambres. Tu peux toujours aller dans une autre voir ce qui s’y passe.

Vos textes parlent de pluie et de sang dans des univers sombres…

En Guinée, il y a seulement deux saisons la sécheresse et la pluie. Parfois quand il pleut, c’est comme une prison : tu ne peux pas sortir, il n’y a plus de courant.
Pour ce qui est du sang… en Guinée, nous avons été très marqués par les régimes Alpha Condé et Dadis Camara. Nous ne parvenons pas à en faire le deuil.
La plupart des nouvelles sont des histoires vraies entendues en Guinée. A une période, nous avions beaucoup de radio privées et d’émissions interactives : des jeunes venaient s’y confier sous anonymat. On y entendait des témoignages terribles. J’ai eu envie de les reprendre à ma manière.
C’est chez ces personnes que je rencontre l’humain. Je raconte aussi pour aider à panser ces plaies.
La littérature est le lieu pour explorer ces choses. Je n’y peux rien, mais dans l’écriture, je ne parviens pas à écrire des histoires qui commencent bien et qui finissent bien.

publié le 17/05/2017

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