Surpris par le deuxième souffle

#GoncourtSuisse - Reportage au cœur des activités du jury neuchâtelois du Choix Goncourt de la Suisse. Par Ivy Fernandez, étudiante et membre dudit jury.

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À l’Université, on le sait, on a beaucoup à lire. Alors difficile de trouver le temps et la motivation, de lire pour le plaisir une fois les cours et les révisions terminées. Pourtant, c’est le défi que nous nous sommes lancés. Un peu effrayant au départ : « On doit lire 15 livres… en trois semaines ? » lance une voix quelque peu effrayée par la tâche. Et pourtant, on y arrive. Dans le bus, aux pauses, le soir… On se rend compte que si on veut, le temps on le trouve, et l’envie surgit instantanément dès qu’on ouvre la première page.
Si on pensait qu’après une journée à arpenter la bibliothèque et les salles de cours, on n’a plus la force de lire encore, on est surpris par le deuxième souffle que nous procure la lecture.
On redécouvre ce plaisir qui nous a poussé à nous intéresser au projet du Choix Goncourt de la Suisse, à aller à la séance d’information, et à revenir aux suivantes, tous les jeudi midi au bâtiment de l’ILCF(Institut de langue et civilisation françaises).

C’est la beauté de l’exercice : rassembler des universitaires (étudiants mais pas que) sans contrainte. On n’est pas à la poursuite d’un crédit ECTS (European Credits Transfer Scale), il n’y aura pas d’exposé à faire, pas de compte-rendu à rendre. On ne lit que pour le plaisir, si on en a envie. Chaque semaine, selon l’emploi de chacun, tout le monde s’y met, fait des efforts. Le but visé : que tout le monde ait lu au moins les 30 premières pages de chaque livre. Mais certains nous prennent plus que d’autres, alors forcément, il y en a qu’on finit… et il y en a qu’on a à peine commencé !

JPEGLa curiosité suscitée par les livres s’est reflétée dans la participation vivante et engagée des 10 participants, entre discussions enflammées et constructives et joutes verbales pour défendre son coup de cœur. On lit pour partager ses ressentis, écouter ceux des autres, construire des interactions réelles à partir de fictions. C’est ce qu’encourage également la responsable du groupe, en donnant la parole chacun son tour, livre après livre. « Qui l’a lu ? », et les mains qui se lèvent, les unes après les autres, essayent de mettre des mots sur les sensations que la lecture leur a procurées.

Le petit plus de notre groupe ? La grande mixité culturelle ayant comme conséquence une ouverture des horizons, qui mène à une incroyable richesse et variété des discussions.
Grand dilemme, vite résolu mais qui reste latent : comment faire pour juger un livre ? « On se base sur des critères littéraires ? Le nombre de métaphores, la syntaxe ? » Non, dans un premier temps, ce sont les premières impressions, l’avis subjectif, le « j’aime ou j’aime pas ».
Mais après la première délibération fédérale, il faut tout de même trouver des arguments convaincants ! Alors on s’y remet, on reprend les six livres retenus, on les relit, on essaye de voiler nos convictions profondes avec des airs de critique littéraire. Le livre est notre coup de cœur ? Alors forcément, la trame est originale et la syntaxe intéressante. Au contraire, on le déteste ? L’histoire est banale et les personnages peu développés. Finalement, entre émotions et rationalité, un équilibre commence à se dessiner.

Et si la littérature est ce qui nous a réuni en premier lieu, c’est aussi l’écoute, la formulation de pensées et la confiance vite instaurée entre les participants qui nous ont surpris au cours de l’exercice. Tous ces éléments nous ont permis de faire de ces deux heures de discussions hebdomadaires un lieu de partage où la sensibilité de chacun pour la littérature avait sa place, tout en construisant une identité commune au groupe, essentielle pour choisir l’élu et le défendre auprès des autres Universités.
En trois semaines, 15 livres ont été feuilletés ou dévorés, adorés ou détestés. Et si la démocratie ne pourra pas contenter l’ensemble des participants, chacun aura retenu au moins un auteur, un livre, une multitude d’images…

publié le 08/11/2017

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