« Une belle leçon d’émancipation intellectuelle »

#GoncourtSuisse - Thomas Hunkeler est professeur ordinaire de littérature française, au Département des Langues et Littératures de l’Université de Fribourg. Il est l’un des pionnier du Choix Goncourt de la Suisse.

Vous êtes très investi depuis son origine dans le Choix Goncourt de la Suisse. Racontez-nous les prémices…

JPEGDans un premier temps, j’ai été contacté par un ancien collègue de l’université de Bâle, le professeur Robert Kopp. Il voulait me présenter un projet qui lui tenait à cœur. Il faut savoir que Robert Kopp est un peu l’historien de l’Académie Goncourt, il a notamment publié l’ouvrage Un siècle de Goncourt (Editions Gallimard, Paris, 2012). Il m’a dit combien il serait heureux que la Suisse lance son prix Goncourt de la Suisse. Le modèle existait déjà dans d’autres pays et l’Académie Goncourt souhaitait élargir son cercle.
Nous avons tout de suite convenu qu’il ne s’agissait pas de créer une succursale suisse du Goncourt, mais plutôt d’avoir une activité d’étudiants d’universités de plusieurs régions linguistiques du pays, qui pourraient débattre sur tel ou tel auteur et ouvrage.
Du point de vue des financements, nous avons obtenu très vite le soutien de l’AUF (Agence universitaire de la francophonie) qui trouvait l’entreprise excellente. Nous avons eu également le soutien de la Fondation Catherine Gide, de l’Ambassade de France en Suisse et de l’Académie Goncourt. Grâce à cela, nous nous sommes lancés à l’été 2015 pour la première liste qui devait sortir tout début septembre.
A partir de la deuxième édition, nous avons reçu le soutien de Payot Libraire. Un soutien doublement précieux : il prend en charge les livres mais aussi la logistique de leur acheminement dans les différentes universités.

D’autres universités ont adhéré au projet…

Dès l’origine, nous avons associé deux collègues : Loris Petris de Neuchâtel et Regina Bollhalder de Suisse italienne qui avait été une collaboratrice de Robert Kopp alors qu’il était à Bâle. D’année en année, le cercle s’est élargi : Zürich nous a rejoints, puis Berne.
Nous espérons parvenir à impliquer Bâle, peut-être aussi Lausanne et Genève. Mais les collègues de certaines universités ont dans un premier temps préféré s’abstenir : ils estimaient qu’être intégrés à la grande machine Goncourt ne correspondait pas à leur ambition de défendre la littérature.
Pour ma part, j’estime que l’engagement dans le Choix Goncourt n’est pas en contradiction avec la promotion de la littérature suisse. D’autant que nos étudiants participent à d’autres activités qui favorisent le renforcement de la littérature suisse. Ainsi, à Fribourg, nous travaillons depuis 5 ou 6 ans avec le journal local La liberté qui offre à nos étudiants, plusieurs fois par an, la possibilité de publier des comptes-rendus d’ouvrage ; il y a la rédaction de l’Épitre ; et nous réalisons actuellement la version française de L’année du livre, un site web qui s’intéresse à la littérature suisse et va naître dans le courant de l’année.
Dans le cadre de ces projets, y compris le Choix Goncourt de la Suisse, les étudiants peuvent développer un autre type d’expression à côté du langage scientifique pour parler de la littérature.

Quel est l’intérêt pour les universités de participer à ce projet interuniversitaire ?

En 2015, nous avons présenté notre projet aux directions respectives des universités. Notre rectrice, à Fribourg, a vivement salué cette initiative. Justement parce que c’est une entreprise interuniversitaire qui ouvre sur le monde du travail, sur la dimension de professionnalisation. Aussi, parce que, dans de tels projets, les étudiants se constituent un réseau à eux.

Quel est l’apport du Choix Goncourt de la Suisse pour vos étudiants ?

Le Professeur Kopp a tenu à me proposer ce projet, car il savait que je suis favorable à des entreprises qui permettent aux étudiants de prendre l’initiative et de s’ouvrir à la cité, sur le monde de l’édition et du journalisme. Il est important que nos étudiants soient confrontés aux réalités des enjeux de la littérature d’aujourd’hui. A côté d’un enseignement plus historique et analytique, nous pouvons leur proposer des instruments pour comprendre les enjeux littéraires de la Suisse, de la France et de l’Europe.
Nous ne formons pas que des universitaires, mais aussi des professeurs, des journalistes, des critiques, des écrivains même ! Nous devons offrir à nos étudiants des ouvertures et des débouchés sur le monde qui les entoure, en abordant toutes les dimensions : économique, politique, journalistique. A l’évidence, les étudiants qui ont constitué un carnet d’adresses, qui ont participé à des projets, à des activités, ont de meilleures cartes que ceux qui se contentent de suivre le seul programme obligatoire.
Ainsi, le Choix Goncourt donne à nos étudiants la possibilité de réfléchir eux-mêmes, y compris sur les réalités du marché du livre ou même sur le bien-fondé d’un tel prix.
Une autre chose : le Choix Goncourt de la Suisse doit s’inscrire dans une démarche de volontariat. Dans la mesure où nous sommes dans une activité facultative, il n’y a pas un professeur qui va sanctionner ou avaliser les choix des étudiants. Ce ne sont pas les universités ou les professeurs qui donnent le prix. Les étudiants délibèrent puis décident par eux-mêmes. C’est une belle leçon d’émancipation intellectuelle !

Département des Langues et Littératures de l’Université de Fribourg

publié le 07/11/2017

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